Le RDV de la Critique de l’actualité architecturale

En septembre dernier avait lieu le rdv critique du trimestre. Un Retour de vacances sous une actualité architecturale très chargée, les critiques invités étaient tous prêts a en « dé »coudre?… en « dé »construire?…

rdv-cr09suntrap-fp
© FP-Suntrap

avec les sujets du jour. Les réalisations présentées faisaient la une de l’actualité des derniers mois. Toutefois quelques unes, sortaient de leur discrète finition. Le débord de temps n’a pu être évité. La plateforme était bondée d’une bonne majorité d’étudiants et l’agence CAB attentive attendait…son heure.

Du musée national estonien et de son incroyable épopée

L’histoire de cette réalisation est un roman à lui tout seul, une saga faite de plusieurs rebondissements.

© DGT Architectes

D’un côté une équipe de jeunes architectes, sortant de nulle part… non pas de nulle part! Des ateliers J Nouvel pour 2 d’entre eux du moins. Cette équipe de trois personnalités aux origines multiples, multiculturelles…répond au concours du musée national en Estonie et gagne. De l’autre côté le projet, et l’histoire de sa réalisation commence avec son lot de péripéties pour enfin arriver au jour de consécration avec le grand prix AFEX 2016.

Voilà pour l’histoire et qu’en disent les critiques assemblés ce soir?

Le musée de DGT architectes était le meilleur projet du concours. Ce bâtiment est un « bâtiment land art » qui comme un objet connecté peut se situer n’importe où dans le monde.  Richard Scoffier y voit un « iceberg qui sort de terre ».  Il y repère les scories des idées des années 2000 : le grand geste topographique, le plan issu de la carte, de la dimension territoriale, « c’est juste une analyse cartographique ». Et pour lui, la réflexion autour de ce qu’est un musée au 21ème siècle a été complètement évacuée.

Il n’y a aucun défaut de réalisations perceptibles pour Sophie Trecalt. En revanche Richard Scoffier trouve qu’il y a un problème d’échelle dans le rapport entre l’extérieur et l’intérieur. Aux deux entrées connectées avec l’extérieur, une petite porte marque ce lien. Au contraire pour Sophie Trelcat « cette distorsion entre l’échelle de l’auvent et le trou de souris de la porte est très bien…c’est un entonnoir qui invite à entrer dans le bâtiment ».

A l’intérieur, « La scénographie est nulle «  dit Francis Rambert et rappelle le but de la soirée en houspillant ses collègues  » …Vous êtes mous! »

Chose inhabituelle, l’expo peut se prendre dans les deux sens à cause de la configuration en longueur de ce bâtiment de 350m, 1 entrée est aménagée à chaque bout.

Les critiques se lâchent un peu, en notant que ce bâtiment est une enveloppe vide qui fait figure de bâtiment symbolique. Un symbole marquant la libération du pays d’un passé fait de tutelles imposées par d’autres pays.

Certains doutes viennent sur l’exploitation future du bâtiment éloigné de la capitale. Elle reposera pour une bonne partie sur la programmation du musée. Pourtant le pays affiche avec ambition un nombre de visiteurs de 370 000 personnes par an soit le tiers de la population de l’Estonie.

Affaire à suivre…

PLUS D’INFOS …

DGT architectes …ICI

AFEX …LA

les site du musée national estonien …ICI

LE MUSÉE Unterlinden DE COLMAR, UNE EXTENSION PAR L’AGENCE HERZOG ET DE MEURON

Est-ce un exercice typiquement suisse de réaliser des liaisons en sous-sol pour raccorder une extension de musée à sa partie existante? L’extension du musée de Colmar n’y déroge pas avec la proposition de l’agence Herzog et de Meuron.

Photo : Peter Mikolas

L’Unterlinden est un très grand musée dont l’oeuvre majeure est le Retable d’Issenheim. Pour accueillir une collection contemporaine, le musée devait s’agrandir et c’est l’agence suisse, voisine de Colmar qui a été choisie pour s’y confronter. Les architectes connaissaient du reste bien la ville pour y avoir déjà réfléchi.

Commençons par le mauvais pour finir par le meilleur.

Frédéric Edelmann malgré les qualités indéniables du nouveau musée, regrette que « L’histoire a(it) été gommée… il n’y a pas de rapport avec ce qui existait avant…la mayonnaise n’a pas pris »et pour lui,  » Il y a un problème d’échelle ».

Les critiques sont plutôt positives sur cette réalisation et se concentrent sur le matériau utilisé. En effet, l’utilisation de la brique tranchée donne l’impression au bâtiment du déjà là. Grâce à ce matériau revu, le nouveau bâtiment est « ancien »  tout en étant contemporain.

Richard  Scoffier proclame que « Pour être contemporain il faut être inactuel, intempestif… », être décalé donc. Francis Rambert trouve qu’« on a du mal à dater le bâtiment » et Frédéric Edelmann exprime en fait que  » rien ne me trouble ». Le résultat contemporain ancien du matériau fait partie du travail de recherche de l’agence, « c’est leur spécialité…ils ont un labo sur les matériaux. »(F. Edelmann)

Le canal a été restauré. Cette trace qui ressurgit du passé, contribue à définir un paysage nouveau ou retrouvé… donc ancien. Une restauration à l’image des nouveaux bâtiments où les repères entre anciens et nouveaux sont rendus flous ou ambigus.

Plus d’infos …

Herzog et De Meuron...ICI

Le musée Unterlinden …LA

En savoir plus sur la réalisation …LA

LE PAVILLON DUFOUR a Versailles par D. perrault

De l’extérieur, rien ne semble avoir changé pourtant le programme demandé a été logé. Pour répondre à ces exigences, contrairement à ses concurrents dont les réponses dessinent des doubles façades, Dominique Perrault, lui, investit les sous-sols et c’est un exercice qu’il fait à merveille.

Les critiques sont élogieux pour ce travail réalisé par Dominique Perrault et Gaëlle Lauriot-Prévost.

« Travail d’orfèvre remarquable…une surdose de détails, c’est magnifique » note Sophie Trelcat. Philippe Trétiack ajoute  « D. Perrault est de plus en plus fort ».

De l’or à Versailles, c’est un pléonasme!  Par contre du neuf à Versailles, c’est pour ainsi dire nouveau, si il est fait abstraction des interventions artistiques temporaires. C’est peut être cela aussi qui est enthousiasmant : le neuf à Versailles! Pour Philippe Trétiack ce pavillon est « Extraordinairement moderne et extraordinairement Versailles », un pari réussi d’insertion ou d’assimilation, donc.

Le débat finit par tourner autour de la question baroque comme une évidence.

Alors D. Perrault baroque? pose P. Trétiack. F. Edelmann répond oui puis temporise en ajoutant  qu’ici c‘ »un essai de baroque » et R Scoffier parle quant à lui d’« une tentation baroque ». Il développe en comparant  D.Perrault à « un Cassius Clay qui se voudrait  Maryline Monroe » dans son expression architecturale. Autrement dit le coté sériel inhérent de son architecture est souvent « hanté par la courbe ».

Philippe Trétiack ajoute que ce n’est pas nouveau,  ce coté  baroque est déjà présent dans la cour de justice du Luxembourg qu’il a réalisé.

Baroque ou pas …à voir sur place.

PLUS D’INFOS …

Dominique Perrault ...ICI

Gaëlle Lauriot-Prévost Design…LA

Le pavillon Dufour …ICI

PANTIN – BETC

Le nouveau concept hype de bureaux de l’agence de pub BETC fait par F. Jung architecture se trouve à Pantin.

Avant                                                                             Après

C’est un lieu installé dans les anciens Magasins Généraux le long du canal qui mélange des bureaux nouvelle génération avec une station de radio, un restaurant de chefs, salle de sports… Des bureaux avec de vraies fenêtres qui s’ouvrent remarque Philippe Trétiack qui n’est pourtant pas très convaincu par la façade pratiquement restée en l’état.

Un lieu festif pour les critiques…

Philippe Trétiack est « plus convaincu par la liberté qu’il laisse plus que par ce qu’il montre », et Sophie Trelcat trouve qu’il ressemble plus à « un espace événementiel  plus qu’à des bureaux  » quant à Richard Scoffier, il le voit comme « un croiseur de guerre transformé en paquebot de croisière ». Avec Hermès et Chanel dans le coin, cela change forcement l’ambiance du quartier, le but est de rester Hype et en mode fashion.

C’est le concept « bureau comme à la maison »comme le note si bien un des critiques. Le concept n’est pourtant pas nouveau dans l’univers du bureau. La vague a débuté il y a quelques années par les grandes entreprises numériques américaines pour se propager en France sur le mode plus tenue dans les entreprises conventionnelles. Un exemple récent ?les bureaux d’ Airbnb à San Francisco sur ce modèle-là. (+info)

…Et aussi fédérateur du Grand Paris

Cet endroit est comme un nouveau cluster amené à fédérer un grand Paris organique, autrement dit libre et dépassant toute idée de planification à priori.  « Le grand Paris …(est) Un réseau qui se met en place  » ajoute Sophie Trelcat

PLUS D’INFOS …

F Jung architectures ...ICI

siège de Pantin de BETC..LA

PARIS TECH PAR CAB architectes à Saclay

« …on va mettre les intellectuels dans les champs » clame Richard Scoffier

© CAB Architectes

Hormis le fait que la plupart des critiques pensent que le principe de l’université à la campagne est un non-sens hérité des concepts d’urbanisme de zoning. Et le bâtiment réalisé par le trio de CAB architectes à Saclay, comme pour se protéger s’enroule comme une belle île fermée au rythme sériel.

Les avis divergent. Francis Rambert apprécie le projet, Frédéric Edelmann le compare à une prison : triste et gris.

Philippe Trétiack relève que Cab étant dans l’assistance, l’empathie humaine restreint la liberté de ton  dans la critique. Il replace le programme au centre du projet. C’est en effet un établissement formant des économistes. « On est dans les statistiques …une rigidité….il m’intrigue car trop beau comme une sculpture de Donald Judd »dit-il. Il ajoute que les « chercheurs se vivent comme des moines…c’est un couvent. Est ce que l’on a envie de vivre dans un couvent? « 

Les usagers sont de futurs économistes statisticiens ou des chercheurs dans cette discipline. Vis à vis de ces utilisateurs et de leur formation, le bâtiment propose un rythme mesuré, une architecture sérielle donnant une forte lisibilité, à l’image des calculs ou des statistiques.

La question se pose :

Faut-il aller jusqu’au bout et rester dans  la conception d’un bâtiment sur le mode sériel ou faut-il casser cette répétition de calculatrice et proposer autre chose? Contrecarrer l’image d’un système basé sur les chiffres, les nombres, le binaire?

Les détails sont très beaux selon Sophie Trelcat et il y a un travail sur les proportions. L’insolite pour CAB habitué au bâtiment dans la pente avec vue sur la mer Méditerranée, est ce contexte : du sol plat et sans vue …et donc peut être, a-t-il  fallu trouver une force, un paysage à ce lieu par le bâtiment.

PLUS D’INFOS …

CAB architectes ...ICI

ENSAE Paris Tech ..LA

Les rdv critiques ont lieu tous les trimestres à la plateforme de la création architecturale de la cité de l’architecture et du patrimoine …en savoir plus

 

Publicités
Le RDV de la Critique de l’actualité architecturale

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s