Le paysage des Kroll

Une co© Lieu Uniquenversation animée par Patrick Bouchain sur le travail de Lucien Kroll et Simone Kroll cela ne se rate pas. Pourtant, je me suis rendue compte en m’asseyant au milieu de la rangée de sièges de l’auditorium de la cité que j’avais oublié quelque chose d’important ce soir-là…Mais quoi? Je cherche dans mon sac …je ne trouve pas.

Montée de rage dissipée par la méthode « lâcher-prise » seule manière efficace pour contrer cet absurde ressenti dans ce monde civilisé… Le constat est sans appel : j’avais dans ma précipitation OUBLIE l’outil indispensable … LE MOBILE… et du coup exit l’appareil photo …la liaison réseau Face…Ka et Tw…aiR…Les prises sur le vif de la parole et de l’image…#WTF

En faisant un état des lieux ambiant, je remarque étonnée que le caméraman d’ordinaire installé dans le coin gauche a aussi été oublié. Du coup me vient une pensée d’irrationnelle noyée par le stress « c’est surement un coup monté »!!! …suivi d’un éclair foudroyant de lucidité…oui c’est bien sûr…  la communication virtuelle n’a pas lieu de citer ce soir …Mais c’est ça! Le naturel sans virtuel fait partie du jeu (je)…C’est le truc que l’on faisait avant : communiquer avec  les gens autour…!

Mon voisin juste devant a la bougeotte d’un gamin de 5 ans, derrière le bruit d’un stylo grattant emplit l’air bien au-delà du son des voix sur scène, les g..eg…g d’un enfant s’entendent de temps en temps. Les personnes rentrent et sortent…va et vient… un désordre vivant remplit l’auditorium.

L’ambiance est installée… LA conversation peut commencer :

De l’être…

 » Lucien n’a jamais été en paix avec l’architecture…philosophe brut qui ne s’embarrasse pas de barrière…il défend…l’échange…ce qui demeure entre les édifices…le paysage » Patrice Goulet

…aux moyens d’expression…

L’outil change selon le but recherché,  L. Kroll utilise le croquis à la main, l’informatique qu’il adapte à son propos (et non le contraire!), la maquette…Simone est adepte de la plume…

Du métier d’architecte…

kroll04@suntrapFP

P.Bouchain : Peux-tu expliquer ce qu’est l’incrémentalisme*?

(*L’incrémentalisme : formule mathématique. L’ajout d’un élément après l’autre sans cohérence… Mais encore, la science de la débrouillardise pour arriver à s’en sortir.)

L.Kroll : Le revolving tue la planète alors que l’incrémentalisme la sauve. D’une chose après l’autre, on arrive à la complexité, seule loi universelle. La mathématique appliquée on n’en sort pas!

Il milite contre l’unicité, cette « mathématique appliquée dont on ne sort pas ». La réalité de la commande de l’architecte, c’est répondre à un programme qui donne une solution. Un système rodé, mathématique…

Lorsque L Kroll parle du travail de l’architecte, cela devient plus complexe…« tu changes tout le temps car le sens évolue tout le temps ». L’action n’est pas linéaire.

Mais comment L. Kroll pratique son métier d’architecte…explication par un exemple : L’école don Milani, Faenza, Italie, 1997

« À Faenza, les services techniques sont plus écologiques  que moi »

kroll03@suntrapFP

L. Kroll une fois le programme donné, le « traduit en morceaux « , en éléments : couloirs, classes… il propose une réunion de travail d’abord avec les employés communaux et les laisse chercher ensemble leur future école. Il guide de temps en temps  » le Nord est où? «  et les participants a cette nouvelle  changent, retournent les éléments. Lorsque ce travail est terminé, L. Kroll prend des photos. La deuxième réunion a lieu avec le corps enseignants, même process. Et le troisième projet c’est lui qui s’en occupe…avec toutes les données enregistrées. Il rajoute » ce qui est nécessaire ». Puis il le donne aux services techniques.

kroll01@suntrapFP

Les Kroll ont reçu 300 à 400 dessins des enfants de l’école. Il en a déduit des paysages intérieurs comme la tour, une référence à la tour du village. Les acrotères de l’école sont issus des dessins.

kroll02@suntrapFP

La mémé…(+)

P Bouchain : Veux tu nous parler du projet mythique publié dans le monde entier, « la mémé »?

L Kroll : Ce fut un moment de grande expérimentation. Ce sont les étudiants qui ont choisi leur architecte.

Simone Kroll : en 72 c’était  une atmosphère très particulière. Pendant 3 ou 4 ans on a vécu dans l’euphorie. C’était le temps où il était question de « construire un avenir ».

L. Kroll : Deux ans paradisiaques. Tous ceux qui approchaient de la « mémé » étaient fascinés car ça marchait. L’administrateur général croyait qu’en laissant faire un architecte cela se passerait bien. Mais il ne s’attendait pas à cette architecture!

S. Kroll : On voulait tous mieux faire… En Hollande, il y avait quelqu’un qui prônait de ramasser les déchets et de ne pas perdre une miette de matériau… (Pour la mémé) C’était des étudiants de médecine, ils voulaient changer la médecine, pouvoir faire de l’homéopathie.

P Bouchain : Est-ce là que vous avez expérimenté la participation?

S. Kroll : Ca faisait partie de nous…

Modernité…

P Bouchain : Vous avez réparé ce que d’autres ont construit. Les médecins de la modernité?… Lorsqu’on critique la modernité on est traité de passéiste.

kroll05@suntrapFP

S. Kroll : Ce qui nous importe ce sont les gens. On répare ce qui n’a pas été pensé pour les gens. Remettre en ordre la mesure. On oublie souvent la mesure. Etre architecte c’est faire partie de la vie courante, de la vie ordinaire.

P Bouchain : Remodeler…Vous écouter les maitres d’ouvrage, l’occupant…Raconter nous comment.

Bernard Fasol : Rattraper les bâtiments des autres c’est toujours difficile à mettre en œuvre. Sur 20 opérations en projet, pas beaucoup n’ont abouti. Les calculs financiers sont très défavorables à la réhabilitation des bâtiments. Cela dépend si le bâtiment est encore habité.

L.Kroll : Réhabiliter, c’est fournir un paysage. Une relation avec le paysage : la façade rue, la façade jardin. C’est une religion de la différence. L’architecture moderne… on a fait une architecture au début qui était extraordinaire (commodités, espaces, ..) Mais après les gens se sont rendus compte que cela n’allait pas. On doit pouvoir rendre une dignité à ces bâtiments. Lacaton et Vassal font des choses extraordinaires même si c’est différent de nous.

Questions avec la salle …

Q : Est ce qu’il faut supprimer tous les objets (tour Eiffel, bâtiments conçus comme des objets,…) et faire que du Kroll?
S. Kroll : Ne t’inquiètes pas.

Q :  Tout est paysage?

Hubert Tonka : Une grande partie de son inspiration ne provient pas de la culture architecturale. Il absorbe tout ce qui se passe autour de lui pour le transformer et l’intégrer à sa façon de voir. L’architecture de Lucien Kroll c’est l’expression d’une pensée.

Il est capable d’exprimer en brique les idées de ceux qui vont habiter là.

P. Bouchain : Pourquoi as-tu accepté de faire cette expo? (adressé à Patrice Goulet)

Patrice Goulet : Je lui dois énormément cela fait 40 ans que je vis chez lui (appartement revu par L. Kroll). J’avais abandonné mes études d’architecte et je les ai reprises. L. Kroll est quelqu’un qui est au service des gens. Ce genre de personne qui ne pense pas à leur gloire, à faire des œuvres d’art, des chefs d’œuvres… un architecte qui s’est battu sur les tissus. La participation c’est le moyen de se battre contre la programmation. Les villes nouvelles c’est abscons, il fallait construire la ville sur la ville. Les grands ensembles, il faut les refaire…c’est le sol qu’il faut refaire on parle beaucoup des barres Lucien a toujours dit  » le Bahaus … »biiipppp »~… Moi je pense plutôt que c’est la planification qui est destructrice!

H.Tonka : Son combat ne se limite pas à la commande mais il s’adresse aussi à la pensée.

Simone Kroll : s’adressant aux étudiants

Continuez à étudier l’architecture, à l’aimer et à en faire un combat.  Il y a une crise en architecture et il y a aussi des choses nouvelles. Vous êtes capables de la redresser, vous êtes jeunes, pleins de vigueur. Défendez-vous! vous pouvez y arriver.

Q : Je travaille sur l’habitat incremental, l’habitat non fini utilisé dans les pays en voie de développement. Est-ce que la notion d’habitat non fini est juste?

P Bouchain : Pour des gens très modestes faire un logement non fini, c’est aussi pouvoir donner les moyens aux habitants de finir leur logement.

Cela peut être sous forme d’accession progressive au logement par l’occupant en donnant une valeur matérielle aux travaux effectués par ce dernier. Cela peut correspondre à une épargne en vue d’une accession. C’est un vaste sujet et certains outils existent et sont utilisés.

S Kroll : La compréhension est difficile… Lorsqu’on est dans le logement social. Les gens rêvent et veulent des choses incroyables.

Q : Les différences dans vos pratiques P Bouchain et L Kroll

P Bouchain: pour moi,  la construction peut évoluer avec les ouvriers. Quand la machine est en route lorsque la direction est meilleure à la mienne, je laisse faire.

De l’expo …

C’est en parcourant l’expo « Tout est paysage, une architecture habitée », que je me suis rendue compte que les travaux de L. Kroll avaient été intégrés par les architectes actuels… Inconsciemment ou consciemment, d’ailleurs. Les théories et pratiques de L Kroll font partie de la conscience architecturale au même titre que l’architecture du mouvement moderne.

kroll07@suntrapFP

Plus d’info sur l’expo …ICI

Ateliers Kroll …LA

 

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