Transformer l’existant en architecture…l’expérimentation

Transformer en langage de rugbyman, c’est marqué un but (après un essai!) … Sans tomber dans les prédictions,  les temps à venir semblent annoncer que ce but à atteindre aura toutes les chances d’être une pratique régulière d’architecte.

 

Soyons sérieux…Inutile de savoir jouer au rugby pour pratiquer la transformation de bâtiments existants. L’inverse est vrai aussi!

Et si l’on arrêtait de démolir systématiquement pour construire ? et si on envisageait  l’idée de la transformation comme acte de création à part entière.

La phase 2 de cette expo long format : « un bâtiment combien de vies? » vient de débuter à la cité de l’architecture et du patrimoine. Le thème de ce deuxième volet est : Approche technique, « Transformer c’est expérimenter ». Cette expo comprend deux volets de plus  Approche théorique « transformation versus conservation » commencé en décembre dernier et qui vient de s’achever et  Approche économique, «Transformation versus démolition» qui débutera en juin pour cloturer l’expo en septembre.

Cette nouvelle formule d’expo propose en parallèle une conférence qui alterne présentations et tables rondes. Trois débats étaient prévus ce lundi 16 mars précédés de présentations par les architectes invités des réalisations liées au thème.

1er débat : Odile Decq, Myrto Vitart (Ibos et Vitart), Dominique Jakob (Jacob et Mac Farlane)

Arrivée un peu tard, j’ai assisté à la fin de la présentation par Odile Decq du restaurant « l’opéra » dans le Palais Garnier et de son intervention dans les entrepôts Mac Donalds.

« Je prends l’habitude  de travailler sur des bâtiments ou on a droit à toucher à rien. »Odile Decq

Puis, Dominique Jacob a exposé la cité de la mode et du design et leur choix de garder la structure en béton existante, de mettre en avant les empreintes existantes sur le site (les graffitis) et d’intervenir en ajout avec des structures rapportées. Actuellement l’agence travaille au prolongement de la cité vers l’avenue de France. On apprend aussi qu’il est interdit de construire au dessus de l’eau et que l’agence s’est servi d’un droit existant avant transformation pour créer cette structure rajouté sur la Seine.

Ensuite elle nous a parlé du travail fait sur l’immeuble 57 métal de C. Vasconi à Boulogne, site Renault, suite au concours gagné de centre de doc. La mise à nu du béton pour rappeler la vocation première industrielle du bâtiment n’est pas toujours comprise et appréciée par la Maitrise d’Ouvrage. Et de conclure que malgré ce projet temporaire le bâtiment est voué à la démolition : « un très beau bâtiment, une bonne échelle, un témoignage de l’architecture industrielle. »

Myrto Vitart : « l’architecture est un art par excellence de la transformation…Penser le bâtiment en vue d’une future transformation n’est pas pertinent. « 

Le Palais des beaux-arts de Lille et son extension. Le parti pris pour l’extension fut de créer une urbanité en comblant les manques, les vides. Le projet du palais initial était amputé car une extension prévue n’avait jamais été réalisée.

La transformation de la halle aux grains de Strasbourg en bibliothèque fait suite à un concours gagné sur un pari de démolition d’une partie centrale du bâtiment existant. Le programme de la bibliothèque demande de la lumière contrairement à une halle aux grains qui est une boite hermétique.

Débat :

Francis Rambert : Réversibilité permanente?

OD : les solutions sont multiples. La transformation est un espace de création.

DJ : Est-ce que tous les bâtiments doivent être conservés?

FR : Transformer c’est rebondir?

MV : C’est tirer parti de toutes les potentialités qui existent

OD : On ne peut pas toucher. On peut penser qu’à quelque chose qui est détachable. Aujourd’hui c’est totalement momifié. Dans l’histoire de l’architecture, on voit bien les couches de transformations.

FR : La couche moderne est de l’ordre de l’encre sympathique, qui va disparaitre donc.

OD : Lubetkin pour son bassin de Londres n’a pas eu droit de modifier la rampe pour les pingouins. Il jugeait que la rampe était trop forte et il n’a pas eu droit d’y toucher car le bassin était classé aux monuments historiques.

M.V. : Des bâtiments spécifiques sont réversibles.

OD : Dans les années 70/80 les projets d’écoles primaires en Allemagne devaient être réversibles en maison de retraite.

MV : Des salles polyvalentes dans ces années-là ont été imaginées mais cela n’a pas marché. Cela n’empêche pas la réversibilité d’un bâtiment qui a une vraie ligne. Par exemple une salle de théâtre. Un certain déterminisme permet au bâtiment de passer le temps. Alors qu’un bâtiment indéterminé qui sait tout faire…

OD : Dans la réversibilité, il y a aussi l’importance du mode constructif. En France, nous avons une culture du béton.

MV : La question de la flexibilité n’est pas nouvelle.

Echange avec la salle : les entrepôts Mac Donald au départ devaient être un bâtiment hybride et réversible. La très grande dimension était poussée par des intellectuels qui ne sont plus les mêmes.

OD : C’est magnifique cette grande barre, il n’y a plus que la façade. C’est de la cosmétique que l’on garde.

MV : Je ne suis pas certaine de la nécessité de garder des bâtiments comme des traces. Les entrepôts par leur échelle auraient pu faire quelque chose d’extraordinaire.

OD : Une mémoire permanente d’objets qui n’a aucun intérêt. De quel mémoire parle-t-on?

2ème débat : Jérôme Brunet (Brunet Saunier architecture), Bernard Desmoulins, Philippe Robert (Reichen et Robert), Alain Sarfati

Jérôme Brunet :« L’important n’est pas d’avoir plusieurs vies, mais l’important est d’avoir de belles vies. »

Il présente un parking transformé en laboratoire de recherche des musées de France, le centre hospitalier de Marne La Vallée 10 ans de gestation, pas de fonction spécifiée, les frontières entre service sont abolis, un bâtiment planifié dans un but de possible transformation future.

Bernard Desmoulins  a réalisé à Montreuil le centre d’art contemporain dans un quartier populaire, une maison existante et son extension  » l’art contemporain est une somme de questions et non une somme de réponses », et présente son projet dans l’abbaye de Cluny.

Philippe Robert : l’agence a bâti sa pratique professionnel presque exclusivement sur des projets dans l’existant« les entreprises préfèrent démolir et reconstruire plutôt que de transformer ». » les formations des écoles d’architecture doivent être centrées aussi sur l’existant plutôt qu’uniquement sur la page blanche. »

Alain Sarfati  propose de montrer entre autre l’ancienne filature de Roubaix convertie en Archives nationales du monde du travail.

Débat :

FR :  Bâtiment reversible…Certains se sont mis dans cette possibilité d’évolution?

PR : Il est inadmissible de construire des parkings de 2.20m sous plafond. Des formes courbes comme celles de ZAha Hadid, de Frank Gehry, on ne peut rien faire.

AS : Notre façon de construire actuellement est suicidaire.

JB : Cela dépend des parkings. La réversibilité se fait en trois dimensions.

FR : Baltard n’a pas eu l’idée de réversibilité.

AS : Les limites de la réversibilité : d’un côté tous les bâtiments sont des parallélépipèdes pour être réutilisables de l’autre, les bâtiments sont des gesticulations impossibles.

JB : La fondation Louis Vuitton de Frank Gehry est une commande privée donc après tout… Mais c’est plus critiquable lorsqu’il s’agit d’une commande publique comme le Musée des Confluences. De là à en faire un parallélépipède…

FR : l’objet parking à transformer est un travail exceptionnel comme celui de Herzog et De Meuron à Miami.

BD : Un monde où tout est réversible, c’est l’horreur! Je ne milite pas pour les gesticulations inutiles, les générations futures y verront autre chose… Il y a une certaine prétention des architectes contemporains à dire que les bâtiments sont beaux ou sont laids. Aujourd’hui, on est en recherche d’une architecture de l’évidence. Les questions esthétiques sont extrêmement complexes. Tout bâtiment est l’expression d’une société.

FR : Reconquête du banal. Le bien construit ne va-t-il pas être la clef?

BD : Oui c’est une des clefs. Un critère de jugement

JB : La transformation… Quelque chose de nouveau qui en sort.

BD : Prévoir l’évolution c’est suspect.

M V : Le programme, un vrai problème… on devrait être tourné plus vers un objectif. (comme pour les concours en Belgique voir agence 51N4e)

FR : Comment détourner pour apporter plus que ce qui était prévu au départ.

3eme débat…sur l’urbanisme :Tania Conko, Philippe Gazeau, Carles Llop (Agence Jornet Llop Pastor).

Tania Conko« Expérimenter c’est prendre des risques ».

Les quartiers en difficulté. « Dans le vide, il y a tellement peu de sens que l’on a besoin de se l’inventer… Certains bâtiments ont besoin d’être démolis. » Elle a présenté la réalisation du quartier des Terres neuves à Bégles. L’objectif sur ce quartier était de casser l’effet barrière et isolement donné par l’ancien quartier. Le projet propose de donner une fluidité à l’ensemble en définissant des espaces urbains de quartier mais aussi en établissant de nouvelles connexions entre Bègles et Bordeaux.

Carles llop : « habitabilité, Activités, mobilité »un projet sur La Castellane à Marseille et la présentation de réalisation sur ce thème dans la banlieue de Barcelone : le quartier de La Mina de Sant Adrià de Besòs.

Il désenclave les quartiers avec des espaces publics, des flux de circulation, des activités, de l’habitabilité…donner le droit de franchir des barrières en désenclavant d’un côté comme de l’autre.

Philippe Gazeau  présente le projet au-dessus de la gare de Rennes, le projet « habiter le périphérique », et « (a)grandir Paris«  qui consiste à investir les parking des centre commerciaux.

Débat :

Transformer l’urbain…les réponses aux problématiques urbaines de transformation sont vues surtout par le biais des infrastructures existantes ou à créer. Les flux désenclavent ou doivent être recyclés.

CL : une infrastructure doit être créée avec toutes les modalités. Faire mieux avec moins.

TC : le périphérique a son histoire et a son utilité. En France on rêve d’un espace plus végétalisé. Il y a des villes qui ont digéré leurs infrastructures. Le périphérique demande de le vivre bien et ponctuellement.

PG : C’est insupportable de vivre au bord! Il y a des alternatives au plan de circulation.  C’est une situation (Les nuisances du périf.) qu’il faut supprimer (le projet que PG présente) ce n’est pas un projet (pour faire) joli. Le périf s’inscrit dans un cycle de recyclage d’infrastructure…la question de leur mutation.

FR : La mobilité douce axe votre approche?

TC : Outil incontournable. C’est une qualité de vie. Il ne faut pas rayer (les infrastructures) totalement de la carte. C’est la multiplicité qui est importante.

Prochain rendez-vous le 2 juin avec le 3ème et dernier volet : Approche économique, «Transformation versus démolition»

En savoir plus sur l’expo…ici

 

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